8 mars 2005

 Assassinée pour avoir parlé - Des militantes en faveur des droits des femmes victimes de persécutions en Colombie

Esperanza Amaris Miranda aurait été enlevée par trois hommes armés le 16 octobre 2003 alors qu’elle se trouvait à son domicile. Ces hommes - qui appartiennent, semble-t-il, à un groupe paramilitaire soutenu par l’armée - l’ont contrainte à monter dans un taxi et ont démarré. Lorsque sa fille, âgée de vingt et un ans, s’est accrochée à la portière du véhicule en mouvement, les hommes en sont descendus et l’ont rouée de coups de pied. Quelques minutes plus tard, le corps d’Esperanza a été abandonné sur la chaussée. Elle avait été tuée par balle.

Esperanza avait quarante ans et assurait la subsistance de ses enfants en vendant des tickets de loterie dans la ville de Barrancabermeja, en Colombie. Elle était également membre de l’Organización Femenina Popular (OFP, Organisation populaire de femmes), qui mène une action en faveur des droits des femmes depuis plus de trente ans.

En Colombie, les femmes qui réclament que l’on respecte leurs droits s’exposent aux manœuvres d’intimidation et aux violences. Elles risquent même d’être tuées par les groupes armés des deux camps qui s’opposent dans le conflit qui déchire le pays depuis de longues années. Les forces de sécurité du gouvernement et leurs alliés paramilitaires considèrent que les responsables d’associations féminines, les militants et les défenseurs des droits humains collaborent avec la guérilla, et constituent à ce titre des cibles légitimes lors des opérations anti-insurrectionnelles. Les groupes d’opposition armés ont tué des femmes qu’ils accusaient de pactiser avec leurs ennemis. Ils ont recours au viol, à la mutilation et aux mauvais traitements contre les femmes et les jeunes filles afin d’effrayer la population et de contraindre au silence ceux qui défendent les droits sociaux, économiques et politiques.

Les ravisseurs d’Esperanza auraient dit appartenir au Bloque central Bolívar (Bloc central Bolívar), un groupe paramilitaire qui lui avait déjà adressé des menaces. Elle en avait informé les services du procureur régional. La police n’a cependant pris aucune mesure efficace afin d’assurer sa sécurité, et n’a répondu à aucun appel téléphonique de l’OFP après son enlèvement. Barrancabermeja a été le théâtre de plus de 90 meurtres et de 50 “ disparitions ” pour la seule année 2003. Ces chiffres alarmants sont la preuve de l’impunité dont jouissent les groupes paramilitaires et la guérilla.

Le cas d’Esperanza est loin d’être isolé. Leonora Castaño, la présidente de l’Asociación Nacional de Mujeres Campesinas, Negras e Indígenas de Colombia (ANMUCIC, Association nationale des femmes paysannes, noires et indigènes de Colombie) une organisation œuvrant en faveur des droits des femmes, et notamment de leur droit à la terre, a été la cible de nombreuses menaces de mort. Militante elle aussi au sein de l’ANMUCIC, Blanca Nubia Díaz a été contrainte de quitter son foyer après que sa fille de seize ans eut été tuée par des paramilitaires en mai 2001. En septembre 2003, une lettre adressée à l’ANMUCIC lui a appris que son fils avait été enlevé.

Le gouvernement colombien n’a pas garanti la sécurité des défenseurs des droits humains, parmi lesquels figure un grand nombre de femmes, ni cherché à combattre ou à démanteler les groupes paramilitaires. Aujourd’hui, il propose même des lois qui permettraient à ceux qui portent atteinte aux droits humains de se soustraire à la justice, au mépris des recommandations qui lui ont été adressées à plusieurs reprises par la communauté internationale.

P.-S.

Passez à l’action ! Participez à notre campagne : Halte à la violence contre les femmes.

http://web.amnesty.org/actforwomen/stories-1-fra

Amnesty International

© AMNESTY INTERNATIONAL

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