Alternatives au sommet Rightscon à Tunis du 11 au 14 juin 2019

Durant cette dernière seconde, alors que vous avez à peine terminé de lire le titre de ce texte, 8174 tweets et 8500 commentaires sur Facebook ont déjà été postés, 69 191 recherches sur Google et 3 333 appels sur Skype ont déjà été réalisés, 75 304 vidéos sur YouTube ont été visionnées et 2 723 944 emails ont été envoyés. Voilà le cadre de l’Internet d’aujourd’hui, qui en plus d’offrir à l’esprit humain des activités cognitives infinies, se déploie également vers un potentiel inégalé d’accumulation de profit, de pouvoir et de contrôle sur les personnes.

Malgré cela, les enjeux fondamentaux de la gouvernance de l’Internet demeurent obscurs et méconnus. Il y a quelques semaines, dans le silence général, Justin Trudeau lançait sa nouvelle Charte canadienne du numérique, aboutissement d’une année de consultations visant à établir les priorités canadiennes dans le secteur du numérique. Essentiellement axé vers la croissance de l’économie numérique, le document mentionne bien évidemment les enjeux reliés à la sécurité des utilisateur/trices de l’Internet, mais sans en faire un droit qui prévaut sur ces fameuses innovations technologiques qu’il conviendrait, au nom de la croissance à tous vents de l’économie, de systématiquement prioriser par tous les moyens.

Depuis 25 ans, Alternatives s’est fait un devoir de mieux faire connaître les enjeux liés au développement de l’Internet et de soutenir ceux et celles qui s’affairent à défendre les droits citoyens sur ce qu’on appelait alors « l’inforoute de l’information ». Nous avons soutenu les luttes pour l’accès à la connectivité et le droit à l’information, de même que celles pour le respect de la vie privée en ligne. Nous soutenons maintenant notre droit, comme usager/ères et créateur/trices de contenu, à la co-gestion avec les gouvernements et le secteur technologique de cet Internet, qui ne peut pas et ne doit pas n’être qu’une histoire de dollars, géré du haut vers le bas.

C’est donc pour ces raisons qu’Alternatives est membre de l’Association pour le progrès dans les communications, un réseau international regroupant 58 organisations unies dans leur travail de promotion de l'utilisation d'Internet pour la justice sociale et le développement durable, dans le souci également de poursuivre à travers ce réseau notre soutien au développement de multiples outils libres de droit visant à faciliter la communication entre les acteurs sociaux de par le monde.

Notre travail sur les droits numériques se déploie aussi par les réalisations de nos jeunes stagiaires internationaux, dont la plupart travaillent avec des partenaires au Sud qui s’activent justement à faire valoir dans leurs États respectifs des politiques numériques axées sur les droits.

Et nous comptons continuer à être fortement impliqués sur ces enjeux : en février Alternatives a participé à la tenue du tout premier Forum canadien sur la gouvernance de l’Internet, tenu à Toronto, et en novembre 2019, nous co-organiserons à Montréal la prochaine édition de l’École nord-américaine de la gouvernance de l’Internet (NASIG), un événement de renforcement des capacités des jeunes axé sur l'application des principes, normes, politiques et procédures qui façonnent l'évolution et l'utilisation de l'Internet.

Mais d’ici là, nous participons au RightsCon, sommet qui se tient du 11 au 14 juin, et pour la première fois en Afrique, à Tunis, là-même où il y a 5 ans, Alternatives créait un centre de formation en sécurité numérique dédié au monde associatif du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord.

Provenant de 130 pays, 2000 représentant·es des secteurs gouvernemental, privé et associatif discuteront des rapports entre la liberté d’expression et la censure, entre l’intelligence artificielle et la responsabilité algorithmique, entre la surveillance en ligne et la vie privée et bien d’autres enjeux tout aussi fondamentaux.

Les technologies évoluent à une vitesse effarante. Alternatives a pour conviction que la reconnaissance des droits doit être au coeur du développement d’un Internet au service de la citoyenneté et de la démocratie.

Nous continuerons de le faire valoir !

 

[Publié le 6 juin 2019]