Alternatives exprime sa solidarité avec la population soudanaise et réaffirme son droit à la paix, à la démocratie et au plein respect de ses droits

MONTRÉAL, le 1er août 2019  - Nous demandons au Canada et à la communauté internationale de condamner fermement la violence brutale et la répression des mouvements démocratiques au Soudan, de prendre des mesures diplomatiques de façon urgente afin de mettre fin à l'impunité et prévenir de nouvelles violations des droits humains de même que la répression violente de la dissidence, et de soutenir la longue lutte de la population soudanaise pour la création d'un organe intérimaire dirigé par des civils.

En décembre 2018, des manifestants sont pacifiquement descendus dans les rues de Khartoum et d'autres régions du Soudan pour exiger la fin du régime autoritaire en place depuis trois décennies. Ce mouvement de masse a conduit à l'éviction d'Omar el-Béchir en avril 2019. En réponse aux manifestations pacifiques, les forces armées et les milices ont tué et blessé des centaines de civils, attaqué des installations médicales, perpétré des violences sexuelles et procédé à des arrestations massives.

La violence d'État a atteint son paroxysme le 3 juin lorsque les Forces paramilitaires de soutien rapide (FSR) ont attaqué un sit-in pacifique situé devant le quartier général militaire à Khartoum. Résultant de cette attaque, plus de 100 personnes ont été tuées, 700 ont été blessées et plus de 70 cas de viol ont été signalés dans les hôpitaux de Khartoum, selon le Comité central des médecins soudanais (CCSD). L'ampleur de la violence sexuelle et des autres formes de violence reste inconnue ; de nombreuses personnes sont toujours portées disparues. Après l'agression meurtrière, le Conseil militaire de transition (CGT) a ordonné une coupure quasi totale d'Internet afin de contrôler les communications et pour faire taire le mouvement de contestation.

Partout dans le pays, de violentes mesures de répression contre les manifestants se poursuivent. Le 29 juillet, des balles réelles ont été utilisées contre un rassemblement pacifique d'élèves du secondaire dans la ville centrale d'Al-Obeid, dans le Kordofan-Nord, tuant cinq civils, dont quatre élèves. Dans les zones de conflit du Darfour, du Kordofan méridional et du Nil Bleu, les populations continuent d'être attaquées et privées de nourriture, de médicaments et de services essentiels.

Le Soudan n'a pas mené d'enquêtes crédibles sur les exactions, commises contre des civils depuis le début du soulèvement en décembre 2018. Malgré l'engagement pris le 5 juillet par le CGT d'enquêter sur les violences, les violations du droit international humanitaire et des droits humains se poursuivent sans relâche.

Depuis le coup d'État militaire de 1989, des mouvements de résistance dynamiques à travers le Soudan et sa diaspora ont constitué un contrepoids à la violence et à l'autoritarisme étatiques en faisant preuve de force, de dévouement, de persévérance et de créativité. En cette période charnière de l'histoire du pays, il est essentiel d'être solidaires de sa population et de réaffirmer son droit à la paix, à la justice, à la démocratie et au plein respect de ses droits humains.

Dans ce contexte, nous joignons nos voix à celles de la société civile soudanaise et de la diaspora pour appuyer l'appel urgent de la population en faveur d'une enquête indépendante et crédible sur les violations et les abus commis au Soudan depuis décembre 2018, comme première étape vers la fin de l'impunité.

Nous reconnaissons la nécessité d'appuyer la lutte de la population soudanaise pour la démocratie, une lutte qui dure depuis trois décennies et qui doit commencer par l'instauration, comme l'a déclaré la Commission de l'Union africaine, d'un gouvernement civil, responsable vis-à-vis de tous les habitants du pays.

Nous reconnaissons également le rôle essentiel que les femmes ont joué tout au long des différentes périodes de l'histoire du Soudan, leur contribution significative à la construction de mouvements civiques forts et leurs efforts considérables depuis le début de la révolution. C'est pourquoi nous souscrivons à la Déclaration des femmes soudanaises pour le changement No 1 d'avril 2019, qui appelle à la pleine participation et à l'inclusion des femmes dans l'organe de transition, et réaffirmons la nécessité urgente d'abolir toutes les lois restreignant les droits des femmes et des filles.

Enfin, nous présentons nos plus sincères condoléances à tous ceux qui ont perdu des êtres chers dans la violence.