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Genre, VIH et vulnérabilité structurelle au Lesotho: réflexions issues d’un stage avec LAT

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Avant mon stage en ligne avec LAT (Lesotho Association of Teachers), je n’avais qu’une compréhension très limitée de l’ampleur de l’épidémie du VIH au Lesotho. C’est à travers mes recherches et le travail effectué dans le cadre de ce stage que j’ai découvert que le Lesotho figure parmi les pays les plus durement touchés par le VIH en Afrique australe, et que les femmes et les jeunes filles y sont affectées de manière disproportionnée.

Ce constat a orienté le projet que j’ai développé durant mon stage : un projet centré sur les femmes, en particulier les jeunes filles, en reconnaissant que leur vulnérabilité face au VIH ne relève pas uniquement de facteurs individuels, mais de dynamiques sociales, économiques et genrées profondément ancrées.

Le VIH au Lesotho : une crise structurelle

Les recherches montrent que le VIH au Lesotho constitue une épidémie généralisée, avec des impacts durables sur les familles et les communautés. Les données issues des études de cohorte sur la transmission mère-enfant soulignent à quel point le VIH reste un enjeu majeur, malgré les progrès réalisés en matière de prévention. Dans l’étude PEA-WIL (Program Effectiveness among Women and Infants in Lesotho), les auteurs rappellent que, malgré l’implantation du traitement antirétroviral à vie pour les femmes enceintes, « la survie sans VIH des nourrissons exposés demeure inférieure à celle des nourrissons non exposés »1. Ce constat illustre que la réponse au VIH ne peut être uniquement biomédicale.

Pourquoi les femmes et les jeunes filles sont plus touchées ?

Inégalités de genre et dynamiques de pouvoir

Plusieurs études menées au Lesotho mettent en évidence un paradoxe central : les femmes sont plus nombreuses à se faire dépister, mais leur prévalence du VIH reste plus élevée que celle des
hommes. DiCarlo et al. soulignent que, malgré une meilleure connaissance du VIH par les Lesothanes, « la prévalence du VIH demeure significativement plus élevée chez les femmes que chez les hommes »2. Cette réalité s’explique notamment par des normes de genre qui limitent la capacité des femmes à négocier les rapports sexuels protégés ou à exiger le dépistage de leur partenaire.

Le dépistage perçu comme une responsabilité féminine

Les normes sociales influencent également la perception du dépistage du VIH. Une étude qualitative menée au Lesotho rapporte que « les hommes disent généralement que le dépistage
du VIH est une affaire de femmes »3. Cette perception contribue à un désengagement masculin, augmentant indirectement la vulnérabilité des femmes.

Dépistage et accès aux soins : des solutions nécessaires mais insuffisantes

Le dépistage à domicile est souvent présenté comme une solution prometteuse pour améliorer l’accès au diagnostic. Mantell et al. (2014) montrent que 82 % des femmes interrogées avaient
une perception positive du dépistage à domicile, perçu comme un environnement plus sécurisant. Toutefois, les auteurs notent que des obstacles subsistent, notamment la peur de la stigmatisation et des conflits familiaux4. Des recherches plus récentes démontrent que l’accès rapide au traitement après le dépistage est crucial. L’essai clinique CASCADE indique que l’initiation du traitement antirétroviral le jour même du dépistage améliore significativement la liaison aux soins et la suppression virale5. Cependant, ces stratégies restent dépendantes de l’adhésion communautaire et des dynamiques sociales existantes.

Mon stage avec LAT : relier recherche et action

C’est dans ce contexte que mon stage avec LAT a pris tout son sens. Mon travail ne consistait pas uniquement à analyser des données, mais à transformer la recherche en propositions de projets
concrets. En développant un projet ciblé sur les femmes et les jeunes filles, j’ai dû tenir compte :

  • des inégalités de genre mises en évidence par la littérature,
  • des barrières sociales au dépistage,
  • et des limites des interventions purement médicales.

Ce stage m’a permis de comprendre que la prévention du VIH nécessite une approche intégrée, combinant éducation, autonomisation des femmes et engagement des hommes.

Discussion : au-delà des approches biomédicales

Les études sur la circoncision médicale volontaire et le VIH rappellent que les débats sur l’efficacité des interventions peuvent masquer des enjeux plus larges liés aux données, aux pratiques
culturelles et aux contextes sociaux6. Cela renforce l’idée que les solutions doivent être contextualisées et adaptées aux réalités locales.

Ce que mon stage avec LAT m’a appris, c’est que le VIH au Lesotho ne peut être compris sans analyser les rapports de genre, les structures économiques et les normes sociales. Les femmes et
les jeunes filles ne sont pas plus vulnérables par choix, mais parce qu’elles évoluent dans des systèmes qui limitent leur pouvoir d’action. Ainsi, toute réponse durable au VIH doit aller au-delà des chiffres et des traitements, pour s’attaquer aux causes structurelles qui perpétuent les inégalités et exposent les femmes à un risque accru.

 

Références

1. Tukei, V. J., Machekano, R., Gill, M. M., Tiam, A., Mokone, M., Isavwa, A., Nyabela, M., Mots’oane, T., Nchephe, S., Letsie, M., Kassaye, S. G., & Guay, L. (2020). « 24-month HIV-free survival among HIV-exposed infants in Lesotho ». Journal of the International AIDS Society, 23, e25648.

2. DiCarlo, A. L., Mantell, J. E., Remien, R. H., Zerbe, A., Morris, D., Pitt, B., Abrams, E. J., & El-Sadr, W. M. (2014). “Men usually say that HIV testing is for women : Gender dynamics and
perceptions of HIV testing in Lesotho”. Culture, Health & Sexuality, 16(8), 867–882. https://doi.org/10.1080/13691058.2014.913812

3. ibid.

4. Mantell, J. E., DiCarlo, A. L., Remien, R. H., Zerbe, A., Morris, D., Pitt, B., Abrams, E. J., & El-Sadr, W. (2014). “There’s no place like home”: Perceptions of home-based HIV testing in Lesotho. Health Education Research, 29(3), 456–469. https://doi.org/10.1093/her/cyu004  

5. Labhardt, N. D., Ringera, I., Lejone, T. I., Klimkait, T., Muhairwe, J., Amstutz, A., & Glass, T. R. (2018). « Effect of offering same-day ART vs usual health facility referral during home-based HIV testing on linkage to care and viral suppression among adults with HIV in Lesotho ». JAMA, 319(11), 1103–1112. doi:10.1001/jama.2018.1818

6. Morris, B. J., & Banerjee, J. (2024). « Comment on changing relationships between HIV prevalence and circumcision in Lesotho ». Journal of Biosocial Science, 56(5), 925–928. doi:10.1017/S0021932024000208