Blogue des stagiaires

Les femmes autonomes qui soutiennent leurs communautés rurales au Sri Lanka

Crédit photo: NAFSO Sri Lanka
Dans les villages du district de Kurunegala, au Sri Lanka, des groupes de femmes autonomes  s’entraident et soutiennent leurs communautés après le passage du cyclone Ditwah. Leurs vies sont difficiles : marquées par la pauvreté, une grande vulnérabilité face aux changements climatiques et des normes de genre rigides. Mais grâce à la collecte de fonds, l’entrepreneuriat et l’organisation d’événements, ces femmes transforment leurs vies et leurs communautés, une réunion à la fois.

À l’aube, dans une maison entourée de cocotiers, une femme prépare le petit-déjeuner pour sa famille. Elle a soigneusement planifié sa journée pour concilier ses tâches ménagères, son service à la crèche du village et la réunion de son association de femmes. Non loin de là, une autre femme part pour une dure journée de travail dans les rizières. Elle doit commencer tôt pour échapper à la chaleur étouffante. Au bout d’un chemin de terre, une femme âgée et son mari disposent des chaises en plastique sur leur terrasse en vue d’une réunion. Le parfum réconfortant d’un kiribath mijotant s’échappe de leur cuisine.

Aujourd’hui, les associations de ces trois femmes recevront la visite du National Fisheries Solidarity Organization (NAFSO)  (Organisation nationale de solidarité des pêcheurs) du Sri Lanka. NAFSO les soutient déjà sous forme de dons et de conseils, notamment depuis la dévastation causée par le cyclone Ditwah à la fin de l’année dernière. Cette visite revêt une importance particulière : les membres du personnel évalueront les progrès et les besoins de chaque groupe et détermineront comment les soutenir à l’avenir.

La visite sur le terrain

Dans le cadre de mon stage chez NAFSO, j’ai eu l’occasion de participer à cette visite qui a eu lieu à Kurunegala, au Sri Lanka. Consciente de ma position d’invitée venue d’un pays riche et ne parlant pas le cingalais, je ne savais pas à quoi m’attendre. Mais en privilégiant le respect et la création de liens, j’ai pu rencontrer de nombreuses femmes inspirantes et découvrir leur réalité.

Le premier groupe auquel nous avons rendu visite, la société des femmes Nirmani, était composé de treize femmes âgées. Elles s’étaient réunies tôt le matin pour nous réserver un accueil chaleureux : un bouquet de fleurs en rubans pour moi, des offrandes traditionnelles pour mes collègues et de délicieux mets à partager. Assises en cercle, elles nous ont expliqué comment elles mettent leurs économies en commun dans un fonds d’épargne qui leur permet d’accéder à des prêts. En plus de l’entraide financière, certaines d’entre elles ont lancé de petites entreprises pour vendre des produits artisanaux ou agricoles. Le groupe organise également des événements pour promouvoir la sécurité alimentaire dans leur communauté, notamment le dansala : la distribution gratuite de nourriture lors d’occasions spéciales.

En dehors de leur travail, les membres du groupe nous ont raconté comment elles ont souffert après le passage du cyclone Ditwah. Deux d’entre elles ont été gravement touchées et leurs moyens de subsistance ont été menacés. Elles ont remercié NAFSO de leur avoir envoyé des colis alimentaires alors que d’autres organisations les avaient abandonnées. J’ai été inspiré de voir ce groupe rester uni et solidaire malgré l’âge et les nombreux défis auxquels il est confronté. Par ailleurs, elles nous ont raconté comment les jeunes femmes de leur village sont confrontées au chômage. Mes collègues leur ont donné des conseils  pour impliquer ces jeunes et NAFSO a effectué un don de cahiers d’exercices aux écoliers locaux.

Après quelques minutes de route, nous sommes descendus de la camionnette et avons traversé à pied des rizières brûlantes et boueuses pour rendre visite à la société Hiru Kirana, un groupe d’agricultrices. En chemin, mes collègues m’ont expliqué que la riziculture au Sri Lanka est un secteur dominé par les hommes, notamment en matière de génération de revenus et d’accès aux ressources. Ce groupe de femmes, cependant, s’efforce de briser les normes genrées, même après avoir souffert des impacts du cyclone et des difficultés financières.

Crédit photo: NAFSO Sri Lanka

Dans les rizières ensoleillées, nous avons rencontré les responsables du groupe, qui travaillaient activement dans les champs. Elles nous ont expliqué comment leur groupe loue des rizières à un prix élevé : dans le cadre d’un système de métayage, la moitié de leur récolte revient au propriétaire foncier. Leurs coûts d’exploitation sont également élevés, les engrais étant particulièrement chers. Elles mettent de côté leurs modestes revenus dans l’espoir d’acheter un jour leurs propres rizières. Elles veulent échapper à ce cycle de location abusif et offrir à leurs familles des avantages en matière d’éducation, de nutrition et de finances. Étant donné que moins de 20 % des terres au Sri Lanka appartiennent aux femmes, cet objectif me semblait particulièrement marquant.

Après avoir retrouvé notre chemin jusqu’à la camionnette, nous sommes allés à la rencontre de notre dernier groupe de la journée : la société des femmes Samagi Shakthi, dont les membres nous attendaient en t-shirts assortis. Ce groupe multigénérationnel est composé de femmes qui, avec l’accord de leurs maris, se réunissent régulièrement pour travailler ensemble.

Crédit photo: NAFSO Sri Lanka

Ce groupe met également en commun ses économies pour soutenir les membres dans le besoin. En plus de cela, elles tirent parti de leurs potagers, de leurs talents artisanaux, de leur esprit d’entreprise et de leurs réseaux communautaires pour accroître leurs économies et soutenir leur village. Elles nous ont expliqué comment elles collectent des fonds en organisant des ventes aux enchères et des tombolas pour vendre des glaces, des décorations artisanales et des produits frais. Elles nous ont aussi raconté comment plus de 20 familles de leur village ont été touchées par des glissements de terrain après le cyclone Ditwah et comment leur groupe s’est mobilisé pour leur préparer des paniers-repas.

J’ai été très touchée de voir comment ces femmes – qui ont toutes une famille, un travail et/ou qui sont âgées – trouvent le temps et l’énergie de s’entraider et de venir en aide à leur communauté. Après la réunion, elles ont organisé une vente aux enchères et j’ai remporté un joli bouquet de fleurs fait de cure-pipes. Elles nous ont ensuite invités à un délicieux déjeuner composé de jus de pastèque, de curry et de riz ainsi que de crème glacée.

Et maintenant ?

Bien qu’ils aient déjà un impact considérable, ces groupes aspirent tous à se développer. La société Nirmani souhaite encourager les jeunes femmes de leur village à lancer une initiative similaire. La société Hiru Kirana espère acquérir ses propres rizières. Quant à la société Samagi Shakthi, elle souhaite accéder à une plateforme de marketing en ligne afin de développer davantage ses activités. À terme, ces associations souhaitent devenir des modèles d’autonomisation des femmes rurales, tant dans leurs villages que sur l’échelle mondiale.

Quand je repense à cette journée, c’est l’hospitalité de ces femmes qui me frappe immédiatement. Malgré les nombreuses difficultés auxquelles elles sont confrontées, elles nous ont accueillis avec de véritables festins, des cadeaux faits à la main et des sourires radieux. Même les femmes qui avaient de la boue jusqu’aux chevilles dans les rizières nous ont invitées à prendre le thé. Derrière cette générosité se cachent toutefois une force inébranlable et un fort esprit communautaire. Ces femmes sont confrontées à la pauvreté, à l’isolement géographique et aux conséquences du cyclone Ditwah. Comme me l’a dit le coordinateur de district : « Elles souffrent. » Mais face à d’immenses défis, elles travaillent ensemble pour améliorer leurs conditions de vie, soutenir leurs communautés et inspirer les autres.

Au Canada, je crois que nous avons tendance à considérer l’autonomisation des femmes comme acquise. J’ai grandi dans une société qui normalise l’accès des femmes à l’enseignement supérieur, à l’autonomie, aux ressources et à la réussite. Cependant, la réalité des femmes rurales au Sri Lanka m’a rappelé que je devais être reconnaissante de ma propre autonomisation et, surtout, continuer à lutter pour l’égalité des sexes et la réduction de la pauvreté partout dans le monde. Cela m’a aussi inspiré à passer le message de ces femmes qui travaillent si fort afin d’améliorer leur vie et celle des membres de leur communauté.

Désormais, chaque fois que je passe devant une rizière ou que je vois les bouquets artisanaux qui égayent ma chambre, je repense à ces femmes inspirantes et au soutien dont elles ont besoin pour continuer de faire bouger les choses. Je pense à la femme âgée qui, avec la même bienveillance qu’elle offre aux membres de son association, m’a prise dans ses bras et m’a accueillie comme sa propre fille. Je pense aux rizicultrices qui luttent pour gagner leur autonomie. Je pense à la jeune femme qui travaille à la crèche de son village tout en prenant soin de sa famille et en gérant les finances de son association.

La prochaine fois que vous mangerez du riz ou que vous verrez un bouquet de fleurs, j’espère que vous penserez aussi à ces femmes. J’espère qu’elles vous inspireront et vous rappelleront de continuer à lutter pour la justice partout dans le monde. Elles travaillent fort pour améliorer le monde dans lequel elles vivent, et nous devrions faire de même.

Pour en savoir plus et/ou pour soutenir les efforts de NAFSO en matière de l’autonomisation des femmes, veuillez consulter leur site web, leur page Facebook ou contacter nafsosl@gmail.com.